
Written by Radha Rengasamy Saturday, 25 August 2012 12:00

Le Dr Gujadhur, du ministère de la Santé, et Anabelle Beeharry d’Étoile d’Espérance expliquent que l’alcoolisme est avant tout une maladie.
L’alcoolisme devient un des principaux problèmes de santé chez nous. Si bien que le ministère de la Santé prépare actuellement un plan pour combattre ce fléau.
L’alcoolisme prend des proportions alarmantes chez nous. Le nombre de personnes alcooliques ne cesse d’augmenter. Selon les chiffres de 2004 du ministère de la Santé, 58 % des hommes et 28 % des femmes consommaient de l’alcool. En 2009, ce chiffre a atteint les 65 % pour les hommes et les 38 % pour les femmes. À l’hôpital Brown-Séquard, 2 200 patients, admis en 2009, étaient traités pour l’alcoolisme. Ce qui constituait plus de 50 % des cas de patients admis dans cet hôpital. Dans les autres hôpitaux, les problèmes liés à l’alcool, tels que la gastrite et l’hépatite – inflammation du foie – sont aussi en hausse. En 2010, 6 884 personnes y étaient admises pour des problèmes liés à l’alcool, révèle le Dr Vasantrao Gujadhur, Community Physician au ministère de la Santé.
Pour ce médecin, il est essentiel de définir l’alcoolisme. « Une personne est considérée comme alcoolique lorsqu’elle a besoin de boire plusieurs fois au cours de la journée pour être en mesure de pratiquer ses activités. Sans sa dose d’alcool, elle ne se sent pas bien », explique-t-il. Elle ressent alors des symptômes de manque – ‘withdrawal symptoms’ – comme les tremblements, l’état de confusion et des troubles de mémoire. Par ailleurs, l’alcoolisme augmente aussi chez les jeunes. Une étude a été faite en 2007 et 2011 – Global Based Student Health Survey.
Durant l’année 2007, 20,8 % des élèves buvaient de l’alcool, parmi 63 % avaient pris leur premier verre à l’âge de 14 ans. En 2011, ce chiffre a atteint les 25,2 %. « C’est troublant de voir les jeunes sombrer dans l’alcoolisme puisqu’ils sont déjà vulnérables, de par leur jeune âge. Par conséquent, l’alcool les expose davantage à des problèmes de santé, en sus du risque de dépendance. Dans le monde, il y a 2,6 millions de jeunes qui meurent chaque année pour detère de la Santé. Le Dr Gujadhur nous livre son analyse de ce phénomène : les femmes sont, de nos jours, plus indépendantes financièrement puisqu’elles travaillent. De ce fait, elles peuvent se procurer plus facilement de l’alcool.
Les femmes cherchent aussi dans la bouteille une sorte de consolation lorsqu’elles sont victimes de l’infidélité de leur mari. « Ce qui est inquiétant est que, contrairement aux hommes, les femmes préfèrent boire seules. De plus, le risque de dépendance à l’alcool est plus accru chez elles que chez les hommes de par leur constitution physique », explique le Community Physician.
Le comportement de la personne affecté
L’alcool impacte directement sur notre cerveau. Il altère ainsi notre comportement. Par exemple, la personne alcoolique peut devenir agressive ou, au contraire, se replier sur elle-même. L’alcoolique est souvent en proie à des hallucinations. Si bien qu’il tend à se disputer avec ses proches et amis, influencé par ces hallucinations.
De plus, il s’absentera souvent de son travail puisque sa priorité deviendra sa dose d’alcool. Il fera aussi face à des difficultés financières puisqu’il dépensera presque tout son argent dans l’alcool. Il se verra alors dans l’incapacité de payer ses factures et d’honorer ses dettes. Chez le jeune alcoolique, une baisse de sa performance académique peut être notée. Il aura aussi tendance à s’isoler », fait ressortir le Dr Gujadhur.
Les traitements
Le service de santé propose toute une gamme de traitements aux alcooliques sous forme de pharmacothérapie, psychothérapie et de counselling. Des traitements, auparavant disponibles seulement à l’hôpital Brown-Séquard, ont été décentralisés. Ils sont donc disponibles, depuis quelques années, dans les autres hôpitaux. Il y a même une unité de désintoxication à l’hôpital de Flacq.
À l’hôpital Brown-Séquard, ce sont deux salles qui sont réservées aux alcooliques ayant besoin d’une cure de désintoxication. Des psychiatres, psychologues et médecins sont disponibles dans tous les hôpitaux pour prendre soin d’eux. Après le traitement, ce sont les ONG qui prennent le relais pour s’occuper de l’encadrement et de la réhabilitation des alcooliques. Le ministère de la Santé compte ainsi entièrement sur ces travailleurs sociaux pour les aider à ne pas rechuter.
Étoile d’Espérance à la rescousse des femmes alcooliques
Encadrer les femmes alcooliques aussi bien que les jeunes. Tel est le but du centre Étoile d’Espérance, sis à Moka, qui opère depuis 1997. Il les encadre surtout pour leur réhabilitation. Le centre propose trois types d’accueil : le Day Care de 9 à 15 heures tous les jours; le résidentiel, qui sert de relais après la cure médicale et l’Aftercare. Celui-ci permet de réhabiliter l’alcoolique après son traitement au sein de sa famille aussi bien que dans la société. Les femmes qui travaillent peuvent s’y rendre pour des séances de counselling psychologique. Tous les services de ce centre sont gratuits.
Anabelle Beeharry, éducatrice chez Étoile d’Espérance, précise qu’une éducatrice est disponible, tous les jours, à l’hôpital Brown-Séquard, de 9 heures à midi. Les animateurs d’Étoile d’Espérance sont joignables au 433 4229.
La femme alcoolique davantage stigmatisée
Les alcooliques sont souvent victimes de stigmatisation. La femme alcoolique l’est davantage. Tel est le constat d’Anabelle Beeharry d’Étoile d’Espérance. « La femme alcoolique est souvent jugée et condamnée par son entourage. Ce qui est un obstacle à sa guérison. Il nous faut comprendre que ces personnes sont en détresse et ont besoin d’aide. De ce fait, il n’y a pas lieu d’en rajouter en les stigmatisant. Bien au contraire ! Il nous faut leur tendre la main », insiste l’éducatrice de ce centre.
Intervention de la police
La police peut être sollicitée par les proches d’un alcoolique si ce dernier montre des signes d’agressivité. C’est ce que précise le Dr Gujadhur. « Si un alcoolique devient violent, il représente une menace pour les autres. Dans ce cas, il faut faire appel à la police pour l’emmener de force à l’hôpital, en vue d’une cure de désintoxication », explique-t-il. En ce qu’il s’agit d’une personne alcoolique inconsciente dans la rue, ajoute le médecin, il est du devoir de tout passant de la conduire à l’hôpital. « Il ne faut pas oublier que l’alcoolisme est avant tout une maladie qui demande à être soignée. De ce fait, nous devons nous garder de juger et condamner les alcooliques », insiste le médecin.
Protocole revu
Le ministère de la Santé compte s’attaquer au problème de l’alcoolisme avec un plan tous azimuts. Il est en train de tout revoir en ce qu’il s’agit de la prise en charge médicale et de l’encadrement des alcooliques. Le protocole pour l’hospitalisation de ces personnes sera également revu, annonce le Dr Gujadhur.
Les autres maladies L’alcoolisme provoque aussi d’autres maladies : hypertension artérielle, troubles cardiaques – cardiopathie, cirrhose du foie, cancer du foie, inflammation de l’intestin, diabète, ‘Fœtal Alcohol Syndrome’ chez la femme enceinte. Dans ce cas, le bébé risque de développer des difformités. Le Community Physician met en garde les personnes hypertendues et diabétiques contre le risque d’avoir des complications si elles abusent de l’alcool.